Baleiniers japonais en Antarctique : cap sur la recherche sans chasse

Baleiniers japonais en Antarctique : cap sur la recherche sans chasse

Des navires japonais en route vers l’Antarctique sans leurs harpons

C’est un signal fort envoyé par le Japon à la communauté internationale : début janvier 2015, deux baleiniers ont quitté le port de Shimonoseki, dans le sud-ouest de l’archipel, à destination des eaux antarctiques. Leur particularité ? Les harpons, outils emblématiques de la chasse à la baleine, ont été retirés des navires avant le départ. Une première qui illustre la pression croissante exercée sur Tokyo pour mettre fin à ses pratiques baleinières controversées.

Les deux bâtiments mobilisés pour cette mission sont le Yushinmaru (724 tonnes) et le Daini Yushinmaru (747 tonnes). Un troisième navire, le Nisshinmaru, devait les rejoindre le 16 janvier selon l’Agence japonaise de la pêche, complétant ainsi le dispositif d’observation déployé dans l’hémisphère sud.

Une mission d’observation non létale des cétacés

Contrairement aux expéditions précédentes, cette campagne antarctique se veut exclusivement scientifique et non létale. Les équipages ont pour objectif de mener des études d’observation visuelle des populations de baleines et de procéder à des prélèvements d’échantillons de peau, sans capturer ni tuer aucun cétacé.

Selon l’Institut de Recherche sur les Cétacés, ces travaux de terrain devaient se dérouler jusqu’au 28 mars 2015. L’absence totale de captures a conduit logiquement au retrait des équipements de harpon à bord des navires, signe tangible de la rupture avec les programmes antérieurs.

Pourquoi le Japon a-t-il renoncé à la chasse cette saison ?

Cette évolution n’est pas le fruit d’une décision volontaire de Tokyo, mais la conséquence directe d’un arrêt rendu par la Cour internationale de Justice (CIJ), saisie par l’Australie. La Cour avait estimé que le Japon détournait à des fins commerciales un programme officiellement présenté comme scientifique, et avait ordonné la suspension des opérations de chasse en Antarctique pour la saison 2014-2015.

Face à cette condamnation internationale, le Japon n’avait d’autre choix que de suspendre temporairement ses activités de chasse dans ces eaux, tout en cherchant à préparer un retour à la pêche dès la saison suivante.

Un nouveau programme scientifique pour contourner la décision de la CIJ ?

Les organisations écologistes ne sont pas dupes. Si Tokyo respecte formellement l’interdiction pour la saison 2014-2015, le gouvernement japonais travaille en parallèle à l’élaboration d’un nouveau cadre programmatique présenté à la Commission baleinière internationale (CBI) et à son comité scientifique.

Les grandes lignes du nouveau plan japonais

  • Un quota annuel de 333 petits rorquals, en forte réduction par rapport aux quelque 900 individus visés par le programme précédent condamné par la CIJ.
  • Une justification scientifique centrée sur la collecte de données démographiques, notamment l’âge des populations baleinières, afin de définir des plafonds de captures durables.
  • Une limitation de la durée du programme à 12 ans, à compter de l’exercice 2015-2016, en réponse aux critiques de la Cour sur le caractère indéterminé du précédent dispositif.

Pour Tokyo, ces ajustements sont indispensables pour collecter les informations nécessaires à une gestion durable des stocks baleiniers. Les défenseurs des cétacés y voient en revanche une tentative à peine voilée de légitimer une activité de chasse commerciale sous couverture académique.

Un bilan de chasse déjà affaibli par Sea Shepherd

Avant même la décision de la CIJ, les opérations baleinières japonaises en Antarctique avaient été sérieusement perturbées. Au cours de la saison 2013-2014, le Japon n’avait tué que 251 petits rorquals, et seulement 103 l’année précédente, des chiffres bien inférieurs aux objectifs fixés. Ces résultats décevants pour les chasseurs sont en grande partie imputables aux actions d’interception menées par l’organisation Sea Shepherd, qui s’interpose physiquement entre les baleiniers et les cétacés.

La chasse à la baleine se poursuit dans d’autres zones

L’arrêt temporaire des activités en Antarctique ne signifie pas pour autant la fin de la chasse à la baleine par le Japon. Tokyo maintient ses programmes de pêche « au nom de la science » dans deux autres régions :

  • Le Pacifique Nord-Ouest, où 132 cétacés ont été tués en 2013.
  • Les eaux côtières japonaises, où la chasse se poursuit de manière régulière.

Ces activités continuent de susciter des critiques de la part des associations de protection animale et de nombreux gouvernements, qui considèrent que le quota scientifique n’est qu’un habillage juridique dissimulant une exploitation commerciale des populations de baleines.

Quel avenir pour les baleines de l’Antarctique ?

La campagne antarctique de janvier 2015 symbolise un moment charnière : pour la première fois depuis des décennies, des navires baleiniers japonais naviguent vers le Grand Sud sans l’intention de tuer. Mais cet épisode ne constitue pas une victoire définitive pour la protection des cétacés.

La détermination du Japon à reprendre la chasse dès 2015-2016, combinée à ses efforts pour remodeler son programme afin de le rendre plus acceptable aux yeux de la communauté internationale, montre que la bataille juridique, diplomatique et écologique autour de la protection des baleines est loin d’être terminée. La vigilance des organisations de défense de l’environnement et la mobilisation de la communauté scientifique internationale demeurent plus que jamais nécessaires.

Source : AFP — Tous droits de reproduction et de représentation réservés. © Agence France-Presse